"Ô étrange Église Orthodoxe, si pauvre et si faible, qui se maintient comme par miracle à travers tant de vicissitudes et de luttes. Église de contrastes, à la fois si traditionnelle et si libre, si archaïque et si vivante, si ritualiste et si personnellement mystique.
Église où la perle de grand prix de l'Évangile est précieusement conservée, parfois sous une couche de poussière. Église qui souvent n'a pas su agir, mais qui sait chanter comme nulle autre la joie de Pâques."
P. Lev Gillet ("Un moine de l'Eglise d'Orient)

04 février 2007

P. Schmemann : le Fils Prodigue et nous


Le 3ème dimanche de préparation au Grand Carême, nous entendons la parabole du Fils Prodigue (Luc 15,11-32). Ensemble avec les hymnes de ce jour, la parabole nous révèle le temps de la repentance, comme un homme de retour d'exil. Le Fils Prodigue, nous explique-t'on, partit pour un lointain pays et y dépensa tout ce qu'il avait. Un pays lointain! Voilà l'unique définition de notre condition humaine, que nous devons assumer et faire nôtre alors que nous entamons notre cheminement vers Dieu. Quelqu'un qui n'a jamais fait cette expérience, fut-ce brièvement, qui n'a jamais resenti qu'il était exilé loin de Dieu et de la vraie vie, ne comprendra jamais ce qu'est le Christianisme. Et celui qui se sent parfaitement "chez lui" en ce monde et en sa vie, qui n'a jamais été blessé par le désir nostalgique pour une autre Réalité, ne comprendra jamais ce qu'est la repentance.

La repentance est souvent simplement identifiée avec une énumération froide et "objective" de péchés et de transgressions, ou identifiée avec l'acte de "plaider coupable" face à une accusation légale. La confession et l'absolution sont vues comme étant de nature juridique. Mais quelque chose de fort important est négligé – sans lequel ni la confession ni l'absolution n'ont de réelle signification voire de valeur. Ce "quelque chose" est précisément ce sentiment de l'aliénation de Dieu, de la privation de la joie de la communion avec Dieu, de la privation de la véritable vie telle qu'elle a été créée et donnée par Dieu. Il est en effet facile de confesser que je n'ai pas jeûné aux jours prescrits, que j'ai oublié de dire mes prières, ou que je me suis mis en colère. Au contraire, c'est quelque chose de radicalement différent que de prendre tout d'un coup conscience que j'ai souillé et perdu ma beauté spirituelle, que je suis très loin de ma véritable demeure, de ma vraie vie, et que quelque chose de précieux et pur et beau a été désespérément brisé dans le caractère même de mon existence.

Et cependant, cela, et rien que cela, voilà ce qu'est la repentance. Et dès lors, c'est aussi un profond désir pour le retour, pour revenir et retrouver cette demeure perdue. J'ai reçu de merveilleuses richesses de Dieu : en tout premier lieu, la vie, et la possibilité d'en profiter, de la remplir de sens, d'amour et de connaissance; ensuite – dans le Baptême – la nouvelle vie du Christ Lui-même, le don du Saint Esprit, la paix et la joie du Royaume éternel. J'ai reçu la connaissance de Dieu, et en Lui, la connaissance de tout le reste, et le pouvoir de devenir enfant de Dieu. Et c'est tout cela que j'ai perdu, c'est tout cela que je ne cesse de perdre, et non pas seulement quelques "péchés" et "transgressions", mais le péché des péchés : mon amour qui se dévie de Dieu, ma préférence pour ce "pays lointain", au lieu de la magnifique demeure du Père.

Mais l'Église est là pour me rappeler ce que j'ai abandonné et perdu. Et alors, quand elle me le rappelle, je me souviens : "Je me suis méchamment éloigné de Ta gloire Paternelle," dit le Kondakion de ce jour, " j'ai dépensé les richesses que Tu m'avais données, c'est pourquoi je fais monter vers Toi la confession du Fils prodigue: J'ai péché contre le Ciel et contre Toi, ô Père de miséricorde, accueille-moi repentant et traite-moi, Seigneur, comme l'un de Tes serviteurs."

"Et, tout en m'en souvenant, je trouve en moi le désir et la force de revenir: "... je reviendrai vers le Père miséricordieux en criant dans les larmes : Reçois-moi comme l'un de Tes serviteurs..."

Une des particularités liturgiques de ce Dimanche du Fils Prodigue doit spécialement être mentionnée ici. Lors des Matines du dimanche, à la suite des Psaumes joyeux et solennels du Polyeleion, nous chantons le Psaume 136, triste
et nostalgique :

"Sur les bords des fleuves de Babylone, nous étions assis tout en larmes au souvenir de Sion .... Comment pourrions-nous chanter un cantique du Seigneur sur une terre étrangère? Si je t'oublie, Jérusalem, que ma main droite se paralyse! Que ma langue reste attachée à mon palais, si je ne garde pas ton souvenir, si je ne mets pas Jérusalem au premier rang de mes joies."
protopresbytre Alexander Schmemann, en icone
C'est le Psaume de l'exil. Il était chanté par les Juifs dans leur captivité babylonienne, quand ils pensaient à leur ville sainte de Jérusalem. Il est devenu pour toujours le chant de l'homme qui prend conscience de son exil loin de Dieu, et, comprennant cela, redevient homme à nouveau : quelqu'un qui ne sera jamais pleinement satisfait par quoi que ce soit en ce monde déchu, car par nature et par vocation, il est un pèlerin de l'Absolu. Ce Psaume sera chanté à nouveau à 2 reprises, les 2 derniers Dimanches avant le Grand Carême. Il nous dévoile le Carême comme étant un pèlerinage et une repentance – un retour.
livre Le Grand Careme, du protopresbytre Alexander Schmemann, editions abbaye de Bellefontaine

[Extrait de "The Great Lent" ("Le Grand Carême"
), par feu le protopresbytre Alexander Schmemann, SVS Press]

*-*-*-*-*-*-*

Ces 2 sites ont des pages spécifiques avec les textes liturgiques & catéchèse du Dimanche du Fils Prodigue :
http://forum-orthodoxe.com/~forum/viewtopic.php?t=2153

http://www.orthodoxie.com/2006/02/dimanche_du_fil.html

http://www.orthodoxie.com/2007/02/dimanche_du_fil.html


03 février 2007 : Visite du patriarche Barholomée 1er à Paris en images
http://www.orthodoxie.com/2007/02/visite_du_patri.html

Radio : la visite patriarcale - témoignage du père Placide (Deseille)
http://www.orthodoxie.com/2007/02/radio_la_visite.html

Allocution du patriarche Bartholomée lors de la conférence de Paris "Citoyens de la Terre"
http://www.orthodoxie.com/2007/02/allocution_du_p.html

A relire sur le sujet "écologie", une partie intégrante de la Foi Orthodoxe :
stmaterne.blogspot.com/2006/07/ecologie-science-prsidence-chrtienne.html

stmaterne.blogspot.com/2006/10/cologie-un-point-de-vue-chrtien.html

Aucun commentaire: